Textes en lignes

 

  "La limpieza par le feu, Analyse d'un rituel bricolé (Cuzco, Pérou)"

  L'autre, cliniques, cultures et sociétés, vol. 17, n°3

      https://revuelautre.com/boutique/lautre-2016-vol-17-n3

 

Résumé

A Cuzco (Pérou), j'ai participé à des limpieza par le feu, une succession de gestes réalisée pour extraire un mal, créer une enveloppe protectrice et renouveler une alliance. Ce rituel bricolé témoigne d'une fonction modératrice et médiatrice, tendant à préserver des équilibres fragiles. Il témoigne de même d'une fonction réparatrice et restauratrice réitérable, laquelle définit le chamanisme andin contemporain. Lieu de rencontre entre l'expérience intérieure de la personne et le mode opératoire d'un dispositif symbolique, cette mise en scène d'un abîme «contraint la chance à tourner» et permet un devenir au monde heur-eux. Dans cet article, j'aborde le rituel dans sa dynamique opératoire, interrogeant l'espace entre qu'il matérialise, la transe qu'il donne à être et la relation entre actants, ces porteurs d'appartenances spécifiques et de marques culturelles qui les façonnent et les transforment.

Abstract

In Cusco (Peru), I was involved in limpieza rituals by fire, i.e. a series of actions to remove evil, to create a protective envelope and to renew a spiritual alliance. This ritual exemplifies a moderating and mediating function, in order to preserve a fragile balance. It exemplifies a restorative and repeatable function, which characterizes current Andean shamanism. It is a meeting place between the inner experience of the patient and the procedure of a symbolic procedure. This staging of an abyss aims "to turn luck around" in view of leading to a happy world.. In this paper, I discuss the therapeutic dynamic, as well as the "in-between stage" materialized by the ritual, the trance and the relationship between ritual actors. these humans and non-humans carrying specific affiliations and cultural marks that form and transform them.

Resumen

En el Cusco (Perú), participé a unas limpiezas con el fuego, una sucesión de gestos para arrancar un maleficio, crear un "cuerpo cerrado" y restablecer una alianza espiritual. Este ritual refleja una función de moderación y mediación que tiende a mantener un frágil equilibrio. También refleja una función de reparaciones y restauraciones sucesivas, característica del chamanismo andino actual. El espacio de encuentro entre la experiencia interna de la persona y el modus operandi de un mecanismo simbólico constituye una puesta en escena de un abismo "que obliga la suerte a cambiar" y permite llegar a ser feliz en el mundo. En este artículo, se discute el ritual en su dinámica terapéutica, cuestionando el "espacio entre" que el ritual materializa, el trance que se experimenta y la relación entre actores del ritual, portadores de afiliaciones específicas y de marcas culturales que los forman y transforman.

 

 

  "Réappropriations mutuelles, Ayahuasca et néochamanisme péruvien internationalisé"

  Drogues, santé et société, En primeur - octobre 2016

      texte en PDF : 21 p. / http://drogues-sante-societe.ca/category/en-primeur

 

Résumé

Dans cet article, je présente et analyse le paysage chamanique péruvien internationalisé et façonné par ce que j'appelle des "réappropriations chamaniques". Ces dernières sont le fruit de rencontres entre nouvelles spiritualités européennes, sud et nord-américaines et néochamanismes locaux, entre celles et ceux qui voyagent à la rencontre de leurs chamanes et ces derniers. Ce paysage en devenir est attesté depuis une époque ancienne - je ne me hasarderai pas ici à donner une date -, comme en témoigne la circulation de plantes rituelles, médicinales et psychotropes et des noms qui les désignent. Autrement dit, ce que d'aucuns appellent le "tourisme chamanique" n'est pas à l'origine, mais participe d'un processus diffus. Pour le montrer, j'appuie mon propos sur une description de l'ayahuasca, cette plante psychotrope emblématique de ce paysage, puis celle du chamanisme awajun (famille linguistique jivaro, Pérou), peu familier, comparativement à d'autres, des "festivals chamaniques" et autres rituels "bricolés" organisés en Amérique ou en Europe. Enfin, j'aborde la rencontre et son intelligence, à travers un essai de compréhension de ce qui se joue dans l'expérience psychotrope des "modernes".

Abstract

In this paper, I analyze the internationalized Peruvian shamanic landscape, a landscape shaped today by what I call "neo-shamanic appropriations". These are the result of meetings between new age and local shamanisms, between European, South and North American travelers and shamans. However, the Peruvian shamanic landscape is older - I wouldn't want to make an estimate - as evidenced by the sharing of ritual, medicinal and psychotropic plants, and the names of those plants. In other words, the so-called "shamanic tourism" does not cause but contribute to a diffuse process. To show this, I support my analysis with the following descriptions: first, a psychotropic plant (ayahuasca) and its usages ; second, the Awajun shamanism (Jivaro linguistic family, Peru) ; third, the shamanic festivals and other unusual rituals organized in America or Europe. Finally, I discuss the encounter and its intelligence, through the understanding of what is playing out in modern psychoactive experiences.

Resumen

En este artículo analizo el paisaje chamánico peruano, internacionalizado y modelado por lo que llamo "reapropiaciones chamánicas". Estas últimas son hoy día fruto del encuentro entre nuevas espiritualidades europeas, sur y norteamericanas y (neo) chamanismos locales, entre viajeros y chamanes. Sin embargo, hay testimonios de este paisaje en devenir desde una época antigua - no me arriesgaré aquí a dar una fecha -, como lo demuestra la circulación en Suramérica de plantas rituales, medicinales y psicotrópicas y los nombres con las que se las designa. Dicho de otra manera, lo que algunos llaman "el turismo chamánico" no está en el origen, sino que participa de un proceso difuso. Para demostrarlo, apoyo mis afirmaciones en una descripción de la ayahuasca, planta psicotrópica emblemática de este paisaje ; del chamanismo awajun (familia lingüística jíbaro, Perú) ; y de "festivales chamánicos" y otros rituales "montados" que se organizan en América o en Europa. Finalmente, me refiero al encuentro y su inteligencia, a través de un ensayo de comprensión de lo que ocurre en la experiencia psicotrópica de los "modernos"

 

 

  "Retour sur les luttes territoriales awajun"

  Nuevo Mundo Mundos Nuevos, Questions du temps présent - octobre 2016

      http://nuevomundo.revues.org/69660

 

Résumé

Au sein des territoires amérindiens du piémont amazonien (Pérou), exploitation commerciale du bois et extractivisme participent d'une multiplication des conflits entre les acteurs concernés économiquement et/ou culturellement par ces ressources. Pour les Awajun (famille linguistique jivaro), installés sur le Haut Marañón, le 5 juin 2009 évoque la violente répression par les forces armées près de Bagua, répression qui a mis fin à une campagne de protestation. Face au silence de l'Etat en réponse à leurs demandes, plusieurs organisations amérindiennes locales s'attachent à créer un "territoire intégral". Ce projet répond à un état de fait éprouvé par la société awajun depuis que sa relation à son environnement est déterminée par des décisions étatiques ou privées et non par sa capacité, des attitudes et décisions propres, depuis qu'elle est pensée en fonction d'une appartenance à un territoire dont les frontières sont imposées de l'extérieur. Il souligne combien l'appartenance culturelle est mise à l'épreuve dans des choix politiques, en l'occurrence ici sa singularité face à un Etat national perçu comme "agresseur". Dans cet article, je reviens sur l'histoire récente des luttes politiques awajun à partir de "morceaux" apparus dans les discours des personnes rencontrees et interroge l'idee d'appartenance culturelle.

Abstract

Within the Amerindian territories of Amazonian Piedmont (Peru), commercial exploitation of wood and extractivism are causing an increase of economical and/or cultural conflicts. June 5th, 2009 is an important date for Awajun (jivaro linguistic family), settled on High Marañón river. It refers to a brutal repression of native people protest movements (against news laws) by the armed peruvian forces close to Bagua. In the absence of feedback from the peruvian State regarding their requests of the use and free disposal of their lands, some indigenous organizations try to create a "integral territory". This project is a response on the fact that awajun society, their environment and their decision making are limited by the political existence of an indigenous territory and are influenced by external actors (peruvian State and extractivism private companies). It highlighted how the cultural roots are actually defined by political choice. In this paper, I want to go back to the recent history of awajun political struggles, and then I ask the idea of cultural roots.

 

 

  "Expériences néo-chamaniques : les limites de la critique déductive"

  L'Homme, 2015/3 n°215-216, pp. 317-328

  "A propos" de Psychotropiques, La fièvre de l'ayahuasca en forêt amazonienne (Paris, Albin Michel) par Jean-Loup Amselle

      texte en PDF : 13 p. / lien vers la revue

 

 

  "Du voyage au savoir, L'initiation chamanique dans les Andes"

  in Soulancé & Duhourcau eds, Quand l'homme voyage, Les passeurs d'empreintes, Paris, L'Harmattan

      texte en PDF : 15 p.

 

Résumé

Dans les études sur les chamanismes, il est admis à propos des Andes centrales que le devenir chaman passe par l'expérience de la transe (parfois réduite à sa seule dimension inconsciente) ou tout au moins, par sa construction narrative comme expression quintessentielle d'une fonction. Plus précisément, la transe est comprise localement comme le déplacement d'une force animatrice personnelle, un voyage "en esprit" vers un ou plusieurs lieux emblématiques de la religiosité andine. Là, les personnes acquièrent entre autres dons, celui de faire parler les montagnes. Le fait d'associer ainsi élection et voyage "en esprit" laisse entendre que ce dernier est fondamental dans l'apprentissage qui mène à la fonction chamanique, par contraste avec celui d'autres catégories de praticiens. Il définit de même le voyage "en chair et en os" (premier ou second dans le temps de l'instruction) comme complémentaire, en lui assignant le but de parfaire ou préparer (lorsqu'elle est à venir) l'expérience extatique.

 

 

  "Construire la nostalgie de la forêt : tourisme chamanique en Amazonie"

  Nature & Récréation, vol. 1, "La Naturalité en mouvement", pp. 39-52

      texte en PDF : 14 p. / lien vers la page web de la revue

 

Résumé

Cet article traite des motivations et représentations propres au tourisme chamanique à destination de l'Amazonie et, plus précisément, de celles liées à l'ingestion d'un breuvage psychotrope appelé ayahuasca. Ces motivations et représentations ont en commun de mobiliser la forêt comme figure de l'altérité dans un processus thérapeutique ou initiatique, non sans lien avec un imaginaire occidental. En effet, et cela est particulier au tourisme chamanique, les personnes joignent au voyage éprouvé physiquement un voyage "en esprit" dans un "monde autre" interprété différemment selon les uns et les autres. Dès lors, le voyage est vécu comme une épreuve dont les scénarios prennent acte de leur déroulement dans une naturalité amazonienne perçue comme "sauvage" et "habitée" par des "étants" qui appartiennent aussi au collectif et au discours. En ce sens, le tourisme chamanique s'emploie, par la construction d'une nostalgie de la forêt, à faire de celle-ci un "actant" qui vient saturer la totalité de l'expérience individuelle lors de l'extase psychotrope. L'authenticité ainsi convoquée, "référent central" de la praxis touristique, participe dès lors du sens de soi.

 

 

  "Ayahuasca, entre visions et effroi"

  in Pierre Lieutaghi & Danielle Musset eds, Les plantes et l'effroi, Forcalquier, Musée de Salagon / C'est-à-dire éditions, coll. un territoire et des hommes

      texte en PDF : 14 p. / bon de commande

 

Résumé

Les plantes dites "enseignantes", "sacrées", "visionnaires" ou d'après la législation française "stupéfiantes", forment un ensemble hétéroclite : plantes médicinales, psychotropes, purgatives, liées à la magie amoureuse, à la sorcellerie... et objets de pratiques touristiques. Dans ce cadre, la relation à ces végétaux est pensée en termes affectueux. L'Occidental prend ces plantes, dotées d'un esprit qu'il appelle "mère", avec respect et dans une logique de quête de soi. à l'opposé, elles sont pour les Amérindiens d'Amazonie intimement associées à la peur et au courage. Elles participent d'une pensée de la métamorphose. Partant de ce constat, cet article traite des représentations véhiculées autour de ces plantes, des usages traditionnels et de leurs réappropriations occidentales, donc aussi des peurs qu'elles ne manquent pas de susciter en Occident.

 

 

  "Du cadavre à la plante psychotrope, Analyse de deux modes d'acquisition d'une 'vision-pouvoir' au sein de la société awajún"

  Frontières - Numéro 23, Enquêtes sur le cadavre 2, "Fantastique", pp. 33-37

      texte en PDF : 6 p. / lien vers la page web de la revue

 

Résumé

Dans un contexte caractérisé par un nombre limité et clos d'entités singulières, la société awajún témoignait par le passé de deux attitudes inverses envers les morts, selon qu'ils relevaient d'une même communauté dialectale ou non. Toutes deux ont cependant en commun de définir le cadavre comme étant un moyen d'acquérir une âme, censée investir une nouvelle identité (dans le cas de la chasse aux têtes) ; ou décrite en termes de vision-pouvoir intériorisée (dans le cas de la quête d'Ajútap). Aujourd'hui toutefois, ce rapport au corps mort a disparu au profit d'un renforcement de l'usage des plantes psychotropes comme moyen, pour la personne, de favoriser cette rencontre mystique : des plantes qui, selon la mythologie awajún, sont nées de la lente germination du cadavre d'un guerrier dans le giron de la terre.

Abstract

In a context were singular entities are limited, the Awajún expressed in the past two opposite attitudes towards the deads, according to their belonging or not to the same dialectical society. Both attitudes have yet in common to define the corpse as a means to acquire a soul, supposed to incorporate a new individuated existence (in the case of head hunting) ; or described in terms of vision-power, in the sense of " being able to " (in the case of the quest of Ajútap). Today, this relationship to the corpse has disappeared and has been replaced by a reinforcement of the usage of psychotropic plants as a means to meet the Ajútap spirit. According to the myth, these plants are born from the slow germination of the corpse inside the earth.

 

 

  "Légitimation d'un rituel chamanique andin par un récit historique (Cuzco, Pérou)"

  Ethnographiques.org - Numéro 21 - novembre 2010

      http://www.ethnographiques.org, n°21

 

Atahualpa

Résumé

Dans La mort d'Atahualpa, ouvre anonyme du XVIe siècle, il est implicitement fait référence aux pratiques chamaniques de l'époque. Aujourd'hui, un extrait de ce texte a une fonction thérapeutique, symbolique et politique pour les chamans qui le colportent. Il légitime le rituel de la mesa au cours duquel le praticien convoque et incorpore les esprits des montagnes et de la terre : il leur donne la parole comme autrefois.

Abstract

Legitimating an Andean shamanic ritual through historical narrative (Cusco, Peru). In the anonymous work Atahualpa's Death, created during the 16th century, an implicit reference is made to the shamanic observances that were in use at that time. Nowadays, an extract of this text can be seen to have therapeutic, symbolic and politic functions for shamans, who have contributed to spreading it all over the Andes. It justifies the mesa ritual during which the practitioner convokes and incorporates the spirits of the mountains and the earth: he gives them leave to speak as they did in the past.

Légende : Diego d'Almagro, Francisco Pizarro et le Père Valverde, à genoux devant l'Inca Atahualpa, à Cajamarca - Guaman Poma, Nueva corónica y buen gobierno (1615)