Textes en lignes

  

 

Expériences "hors du corps", Un voyage "en esprit" à la rencontre d'un autre de soi

Intellectica, 2017/1, n°67 - http://intellectica.org

Numéro publié sous la direction de Guillaume Dumas, Martin Fortier & Juan C. González, "Les états modifiés de conscience en question, anciennes limites et nouvelles approches"

 

Dans cet article, je souhaite réaliser une anthropologie des états modifiés de la conscience, à savoir interroger leurs dynamiques et contenus - ce qui fait subjectivité. Pour ce faire, j'analyse récits et perceptions du corps lors d'expériences spirituelles, rituelles ou spontanées : transes de possession et voyages psychotropes au Pérou - précisément dans les Andes cuzquéniennes, et parmi les Awajun, famille linguistique jivaro ; et expériences "hors du corps" issues de la modernité européenne. Ces expériences se caractérisent par l'impression lucide pour les personnes qui les éprouvent de voir leur corps et ce qui l'environne à distance, depuis ce que j'appelle un autre de soi ou une subjectivité qui s'éprouve comme telle. Il n'y a ni déni de la réalité, ni distorsion déréalisante, mais reconnaissance du corps, contrairement aux expériences psychopathologiques dans lesquelles l'absence fonde l'illusion délirante. Conséquence d'une telle aperception, les expériences sont tenues pour vraies par celles et ceux qui les éprouvent. Mieux, elles autorisent une relation caractérisée par sa nature verbale - possession ou rencontre spirituelle - et l'acquisition de connaissances pouvant être utilisées à des fins thérapeutiques ou sorcellaires, divinatoires et initiatiques.

 

 

La limpieza par le feu, Analyse d'un rituel bricolé (Cuzco, Pérou)

L'autre, cliniques, cultures et sociétés, vol. 17, n°3 - https://revuelautre.com

 

A Cuzco (Pérou), j'ai participé à des limpieza par le feu, une succession de gestes réalisée pour extraire un mal, créer une enveloppe protectrice et renouveler une alliance. Ce rituel bricolé témoigne d'une fonction modératrice et médiatrice, tendant à préserver des équilibres fragiles. Il témoigne de même d'une fonction réparatrice et restauratrice réitérable, laquelle définit le chamanisme andin contemporain. Lieu de rencontre entre l'expérience intérieure de la personne et le mode opératoire d'un dispositif symbolique, cette mise en scène d'un abīme «contraint la chance à tourner» et permet un devenir au monde heur-eux. Dans cet article, j'aborde le rituel dans sa dynamique opératoire, interrogeant l'espace entre qu'il matérialise, la transe qu'il donne à être et la relation entre actants, ces porteurs d'appartenances spécifiques et de marques culturelles qui les façonnent et les transforment.

 

 

Réappropriations mutuelles, Ayahuasca et néochamanisme péruvien internationalisé

Drogues, santé et société, "En primeur", oct. 2016 - texte en PDF, 21 p. / http://drogues-sante-societe.ca

Numéro publié sous la direction de Marc Perreault & François Gauthier, "La drogue aux limites de la société"

 

Dans cet article, je présente et analyse le paysage chamanique péruvien internationalisé et façonné par ce que j'appelle des "réappropriations chamaniques". Ces dernières sont le fruit de rencontres entre nouvelles spiritualités européennes, sud et nord-américaines et néochamanismes locaux, entre celles et ceux qui voyagent à la rencontre de leurs chamanes et ces derniers. Ce paysage en devenir est attesté depuis une époque ancienne - je ne me hasarderai pas ici à donner une date -, comme en témoigne la circulation de plantes rituelles, médicinales et psychotropes et des noms qui les désignent. Autrement dit, ce que d'aucuns appellent le "tourisme chamanique" n'est pas à l'origine, mais participe d'un processus diffus. Pour le montrer, j'appuie mon propos sur une description de l'ayahuasca, cette plante psychotrope emblématique de ce paysage, puis celle du chamanisme awajun (famille linguistique jivaro, Pérou), peu familier, comparativement à d'autres, des "festivals chamaniques" et autres rituels "bricolés" organisés en Amérique ou en Europe. Enfin, j'aborde la rencontre et son intelligence, à travers un essai de compréhension de ce qui se joue dans l'expérience psychotrope des "modernes".

 

 

Retour sur les luttes territoriales awajun

Nuevo Mundo Mundos Nuevos, Questions du temps présent, oct. 2016 - texte en PDF, 18 p. / http://nuevomundo.revues.org

 

Au sein des territoires amérindiens du piémont amazonien (Pérou), exploitation commerciale du bois et extractivisme participent d'une multiplication des conflits entre les acteurs concernés économiquement et/ou culturellement par ces ressources. Pour les Awajun (famille linguistique jivaro), installés sur le Haut Marañón, le 5 juin 2009 évoque la violente répression par les forces armées près de Bagua, répression qui a mis fin à une campagne de protestation. Face au silence de l'Etat en réponse à leurs demandes, plusieurs organisations amérindiennes locales s'attachent à créer un "territoire intégral". Ce projet répond à un état de fait éprouvé par la société awajun depuis que sa relation à son environnement est déterminée par des décisions étatiques ou privées et non par sa capacité, des attitudes et décisions propres, depuis qu'elle est pensée en fonction d'une appartenance à un territoire dont les frontières sont imposées de l'extérieur. Il souligne combien l'appartenance culturelle est mise à l'épreuve dans des choix politiques, en l'occurrence ici sa singularité face à un Etat national perçu comme "agresseur". Dans cet article, je reviens sur l'histoire récente des luttes politiques awajun à partir de "morceaux" apparus dans les discours des personnes rencontrées et interroge l'idée d'appartenance culturelle.

 

 

Expériences néo-chamaniques : les limites de la critique déductive

L'Homme, 2015/3, n°215-216 - texte en PDF, 13 p. / en ligne

"A propos" de Psychotropiques, La fièvre de l'ayahuasca en forêt amazonienne (Paris, Albin Michel) de Jean-Loup Amselle

 

 

Du voyage au savoir, L'initiation chamanique dans les Andes

Dans Dominique Soulancé & Jean Louis Duhourcau eds, Quand l'homme voyage, Les passeurs d'empreintes (Paris, L'Harmattan) - texte en PDF, 15 p.

 

Dans les études sur les chamanismes, il est admis à propos des Andes centrales que le devenir chaman passe par l'expérience de la transe (parfois réduite à sa seule dimension inconsciente) ou tout au moins, par sa construction narrative comme expression quintessentielle d'une fonction. Plus précisément, la transe est comprise localement comme le déplacement d'une force animatrice personnelle, un voyage "en esprit" vers un ou plusieurs lieux emblématiques de la religiosité andine. Là, les personnes acquièrent entre autres dons, celui de faire parler les montagnes. Le fait d'associer ainsi élection et voyage "en esprit" laisse entendre que ce dernier est fondamental dans l'apprentissage qui mène à la fonction chamanique, par contraste avec celui d'autres catégories de praticiens. Il définit de même le voyage "en chair et en os" (premier ou second dans le temps de l'instruction) comme complémentaire, en lui assignant le but de parfaire ou préparer (lorsqu'elle est à venir) l'expérience extatique.

 

 

Construire la nostalgie de la forêt : tourisme chamanique en Amazonie

Nature & Récréation, vol. 1, "La Naturalité en mouvement" - texte en PDF, 14 p. / https://www.tourisme-espaces.com

 

Cet article traite des motivations et représentations propres au tourisme chamanique à destination de l'Amazonie et, plus précisément, de celles liées à l'ingestion d'un breuvage psychotrope appelé ayahuasca. Ces motivations et représentations ont en commun de mobiliser la forêt comme figure de l'altérité dans un processus thérapeutique ou initiatique, non sans lien avec un imaginaire occidental. En effet, et cela est particulier au tourisme chamanique, les personnes joignent au voyage éprouvé physiquement un voyage "en esprit" dans un "monde autre" interprété différemment selon les uns et les autres. Dès lors, le voyage est vécu comme une épreuve dont les scénarios prennent acte de leur déroulement dans une naturalité amazonienne perçue comme "sauvage" et "habitée" par des "étants" qui appartiennent aussi au collectif et au discours. En ce sens, le tourisme chamanique s'emploie, par la construction d'une nostalgie de la forêt, à faire de celle-ci un "actant" qui vient saturer la totalité de l'expérience individuelle lors de l'extase psychotrope. L'authenticité ainsi convoquée, "référent central" de la praxis touristique, participe dès lors du sens de soi.

 

 

Ayahuasca, entre visions et effroi

Dans Pierre Lieutaghi & Danielle Musset eds, Les plantes et l'effroi (Forcalquier, Musée de Salagon / C'est-à-dire éditions) - texte en PDF, 14 p.

 

Les plantes dites "enseignantes", "sacrées", "visionnaires" ou d'après la législation française "stupéfiantes", forment un ensemble hétéroclite : plantes médicinales, psychotropes, purgatives, liées à la magie amoureuse, à la sorcellerie... et objets de pratiques touristiques. Dans ce cadre, la relation à ces végétaux est pensée en termes affectueux. L'Occidental prend ces plantes, dotées d'un esprit qu'il appelle "mère", avec respect et dans une logique de quête de soi. à l'opposé, elles sont pour les Amérindiens d'Amazonie intimement associées à la peur et au courage. Elles participent d'une pensée de la métamorphose. Partant de ce constat, cet article traite des représentations véhiculées autour de ces plantes, des usages traditionnels et de leurs réappropriations occidentales, donc aussi des peurs qu'elles ne manquent pas de susciter en Occident.

 

 

Du cadavre à la plante psychotrope, Analyse de deux modes d'acquisition d'une "vision-pouvoir" au sein de la société awajún

Frontières, n°23, "Enquêtes sur le cadavre 2, 'Fantastique'" - texte en PDF, 6 p. / en ligne

 

Dans un contexte caractérisé par un nombre limité et clos d'entités singulières, la société awajún témoignait par le passé de deux attitudes inverses envers les morts, selon qu'ils relevaient d'une même communauté dialectale ou non. Toutes deux ont cependant en commun de définir le cadavre comme étant un moyen d'acquérir une āme, censée investir une nouvelle identité (dans le cas de la chasse aux têtes) ; ou décrite en termes de vision-pouvoir intériorisée (dans le cas de la quête d'Ajútap). Aujourd'hui toutefois, ce rapport au corps mort a disparu au profit d'un renforcement de l'usage des plantes psychotropes comme moyen, pour la personne, de favoriser cette rencontre mystique : des plantes qui, selon la mythologie awajún, sont nées de la lente germination du cadavre d'un guerrier dans le giron de la terre.

 

 

Légitimation d'un rituel chamanique andin par un récit historique (Cuzco, Pérou)

Ethnographiques.org, n°21 - http://www.ethnographiques.org

Atahualpa

 

Dans La mort d'Atahualpa, ouvre anonyme du XVIe siècle, il est implicitement fait référence aux pratiques chamaniques de l'époque. Aujourd'hui, un extrait de ce texte a une fonction thérapeutique, symbolique et politique pour les chamans qui le colportent. Il légitime le rituel de la mesa au cours duquel le praticien convoque et incorpore les esprits des montagnes et de la terre : il leur donne la parole comme autrefois.

Légende : Diego d'Almagro, Francisco Pizarro et le Père Valverde, à genoux devant l'Inca Atahualpa, à Cajamarca - Guaman Poma, Nueva corónica y buen gobierno (1615)